En 1946, deux trains arrivaient à Commercy avec, à leur bord, des dizaines d’enfants venus d’Allemagne. Parmi eux, des orphelins de guerre et des enfants issus des Lebensborn. 80 ans plus tard, la Ville de Commercy et ses partenaires font vivre leur mémoire.
Depuis plusieurs années, le deuxième vendredi du mois d’octobre est inscrit au calendrier officiel des cérémonies de la Ville de Commercy comme une journée d’hommage aux enfants des trains de la guerre et des Lebensborn. Cette date fait écho à l’arrivée, en 1946, de convois d’enfants en provenance d’Allemagne, accueillis notamment à l’hôpital de Commercy.
Pour les 80 ans de cette histoire profondément liée à Commercy, la Ville propose, en partenariat avec l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONACVG), l’association Pour la mémoire des enfants des Lebensborn, Les Résistants, Déportés et Fusillés de la Meuse, la Fédération nationale André Maginot et l’hôpital Saint-Charles de Commercy, une semaine consacrée à la mémoire, à la transmission et à la jeunesse.
Une histoire qui commence dans deux trains, en 1946
Les 5 août et 12 octobre 1946, deux trains en provenance d’Allemagne arrivent à Commercy avec 66 enfants, notamment en provenance de la pouponnière de Tübingen.
Ces enfants sont parmi les premiers enfants de la guerre rapatriés d’Allemagne. Certains sont des orphelins ou des enfants séparés de leur famille par la guerre. D’autres sont issus des Lebensborn, ces institutions créées par le régime nazi dans le cadre de sa politique raciale et eugéniste.
Le Lebensborn avait notamment pour objectif de favoriser la naissance d’enfants considérés par le régime comme correspondant à ses critères raciaux. Des enfants furent également séparés de leurs familles et intégrés à ce système. Les Archives départementales de la Meuse soulignent que cette histoire fait pleinement partie de l’histoire du département, puisque des enfants issus des Lebensborn sont arrivés à Commercy en 1946 avant d’être proposés à l’adoption.
Pourquoi Commercy ?
Au lendemain de la guerre, la France doit faire face au sort de milliers d’enfants déplacés, abandonnés ou séparés de leurs familles.
La Meuse est alors l’un des premiers départements à répondre aux demandes des autorités françaises concernant les capacités d’accueil. Commercy, son hôpital et ses structures d’accueil deviennent ainsi un point d’arrivée pour ces enfants.
Leur parcours ne s’arrête pourtant pas à leur arrivée en Meuse. Certains sont adoptés par des familles françaises, d’autres sont confiés aux services de l’aide sociale.
Pour certains enfants, l’administration va jusqu’à modifier leur identité. En 1947, 17 enfants seront déclarés nés à Bar-le-Duc et leurs prénoms ou noms seront francisés. Cette volonté de gommer leurs origines allemandes rendra, pour certains d’entre eux, la recherche de leurs origines particulièrement difficile des décennies plus tard.
Les dossiers conservés par les services de l’aide sociale à l’enfance constituent aujourd’hui des traces précieuses de ces parcours : documents administratifs, éléments médicaux, actes de naissance, informations liées aux recherches de familles ou encore aux procédures d’adoption.
Des enfants victimes de l’Histoire
Derrière les chiffres et les documents administratifs, il y a avant tout des parcours de vie brisés par la guerre.
Certains de ces enfants ont découvert leur véritable histoire seulement des décennies plus tard, parfois à l’occasion de recherches familiales engagées après la disparition de leurs parents adoptifs. Pour eux, retrouver leurs origines a souvent été une quête longue et douloureuse, confrontée aux silences, aux secrets et à la difficulté d’accéder aux archives.
En 2019, une plaque commémorative a été installée à l’hôpital de Commercy afin de rappeler l’arrivée de ces enfants et leur histoire. Depuis, la Ville, les associations mémorielles et l’ONACVG œuvrent pour que cette page de l’histoire locale ne tombe pas dans l’oubli.
En 2026, 80 ans après leur arrivée, Commercy souhaite plus que jamais transmettre cette mémoire aux nouvelles générations.


